Claude COUFFON (1926-2013)

traducteur, écrivain , poète

    

(photo Babelio)

Claude Couffon nait dans le quartier du Vaugueux à Caen le 4 mai 1926, fils unique d’une famille modeste ; son père est « commercial » et sa mère épicière. Pendant la guerre*, ils s’installent à Flers, 24 rue Charles Mousset, et Claude termine ses études à l’Ecole Primaire Supérieure du Collège de Flers**. Le rêve de ses parents est qu’il devienne instituteur, mais il a pour ambition d’être un jour ambassadeur.
En 1943, il prépare le concours de l’Ecole Normale d’Instituteurs. Les futurs maîtres ont aussi la possibilité de se présenter au baccalauréat dit moderne. Cependant se pose le problème d’une deuxième langue obligatoire. Etudier l’allemand en deux ans, ce n’est pas facile, et c’est en outre la langue de l’occupant. Le Principal, Monsieur Ganne, pense à l’espagnol, « un coup de génie » soulignera Claude. En l’absence de professeur de cette discipline, on fait appel à un instituteur, réfugié républicain de la guerre d’Espagne, qui enseigne sa langue au candidat et ne manque pas, à cette occasion, d’évoquer avec passion les Brigades Internationales. Claude l’accompagne à bicyclette pour pêcher, dans son village, et il est ainsi initié à des poètes et écrivains comme Rafael Alberti, Miguel Hernandez, Antonio Machado. Bref, il fait de lui un républicain espagnol qui ne cessera, par la suite, de se joindre à tous les combats contre les dictatures soutenues par l’impérialisme américain.
C’est ce qui déterminera la suite de ses études et de sa carrière d’hispaniste. Il est sans doute le seul, à cette époque, s’amuse-t-il à raconter, à parler espagnol en Normandie.
Elève brillant, Claude est reçu au bac avec mention et entre à Sciences Po.
En 1946, il effectue un voyage à Grenade, où il commence des recherches sur la mort de Federico García Lorca. En 1951, il publie dans Le Figaro Littéraire un article révélant toute la vérité sur les derniers jours du poète, ce qui fait grand bruit et lance sa carrière de traducteur. Il retrouve des textes de Lorca oubliés, les présente à Albert Camus qui les publie et lui demande de travailler avec lui aux éditions Gallimard.
Professeur de littérature de langue espagnole à la Sorbonne, Claude consacre une bonne partie de son temps à traduire les plus grands écrivains espagnols et latino-américains de la seconde moitié du XXème siècle. C’est ainsi qu’il révèle en France M.A Asturias, P. Neruda, J.J. Jiménez, M. Vargas Llosa, C.-J. Cela, G. García Márquez, et bien d'autres.
Également essayiste, il est l’auteur de monographies fondamentales sur Federico García Lorca (1962), Miguel Hernández (1963), Nicolás Guillén (1964), Rafael Alberti (1965), Miguel Angel Asturiás (1970), René Depestre (1986), Pablo Neruda (2004). Ses articles, dans Le Figaro Littéraire, Le Monde, Les Lettres Françaises, Les Temps Modernes, Europe et Le Magazine Littéraire contribueront largement à la diffusion de ces écrivains en France.
Il rédige de nombreuses anthologies : Poésie dominicaine, Poésie cubaine, Poètes de Chiapas, Poésie hondurienne. Conférences et missions culturelles le conduisent souvent en Espagne et en Amérique latine.
Notre bulletin des Anciens du Collège de 1950 fait mention de Claude comme « collaborateur du poète Marc Chesneau ».
La poésie ne le quittera plus, travailleur acharné, croquant la vie avec beaucoup d'enthousiasme, il parcourra l'Amérique Latine, le Mexique et aura une relation privilégiée avec Cuba. « J'étais un passeur », confiait-il à Ouest-France en 2010, lors d'une rencontre à son domicile.
Président de la Maison Internationale des Poètes et Écrivains de Saint-Malo, il y reçoit des hôtes et des écrivains de renom, parmi lesquels José Sarney, ancien président du Brésil, et les futurs prix Nobel, Mario Vargas Llosa et Camilo José Cela.
Il laisse également une œuvre poétique importante : Le Temps d’une ombre ou d’une image (1973), Cahier de la Baie du Mont Saint-Michel (1974), Célébrations (1979), Aux frontières du silence (1980), Corps automnal (1981), Absent / Présent (1983), À l’ombre de ce corps (1988), Fenêtre sur la nuit (1996), Tôt ou tard (2002), Intimités (2008).
Lauréat du grand Prix de traduction Halpérine-Kaminski, Claude Couffon est fait Chevalier de la Légion d'Honneur, reçue en février 1986 des mains de son ami Léopold Sédar Senghor.

 

 (Photo L.H.)

Père de deux garçons, Miguel et Gilles, il vit à Paris, mais revient de temps à autre à Flers, dans la maison familiale de la rue Charles Mousset. C'est là qu'il se remarie en juin 2005. Il décide de s'y retirer, y travaille, reçoit ses amis  et voyage encore en se rendant au festival de poésie à Gijon (Asturies) et à Saint-Malo.
Il s’éteint à Caen le 18 décembre 2013, à l'âge de 87 ans, et repose à Villiers-le-Sec, près de Bernières-sur-Mer, où il possédait une petite maison de vacances.

A.G.avec l’amicale collaboration de J-C.R.

 

* Il semblerait que Georges Couffon, père de Claude, sympathisant actif de la Résistance, ait joué un rôle utile le 9 décembre 1942, peu après l’interpellation de Paulette Duhalde par la Gestapo et avant la perquisition de la maison du 55, rue du Champ de Foire. Il aurait contribué à soustraire des papiers compromettants que cette jeune fille gardait chez elle, et effectué un déplacement à Caen pour avertir des membres du réseau « Jeanne ».

** voir dans nos albums de photos, année scolaire 1943-1944, classe de première.

Dans http://iberical.paris-sorbonne.fr/wp-content/uploads/2014/11/06-13.pdf
on pourra approfondir le sujet en se référant aux pages « En hommage à Claude Couffon », rédigées par Hughes Labrusse, Laurence Breysse-Chanet, Jean-Yves Masson, Jean-Baptiste Para, Marie-Claire Zimmermann, Miguel Couffon, qui se terminent par l’émouvant poème « Alzheimer » écrit par Claude pour sa femme.