François JAUBERT, comédien.

 

François Jaubert est comédien, un des plus grands professionnels européens de l'industrie du doublage francophone. Ancien élève du lycée de Flers (terminale 1960-61), il a été élevé par ses grands-parents car ses parents sont morts pendant la guerre alors qu'il n'avait que quelques mois.

François Jaubert

De quand date ta vocation d'artiste ?

J'ai peu de souvenirs de mon enfance mais je me souviens d'avoir joué dans une pièce sur les pirates alors que je n'avais que 6 ou 7 ans.

 Comment tes grands parents ont-ils compris ton désir de théâtre ?

Mon grand-père était médecin à Villedieu-les-Poêles (Normandie) et pour un bon notable, le théâtre, c'était l'abomination absolue. Donc, j'ai commencé par faire du droit et être professeur pendant deux ans, mais en même temps que la maîtrise de droit, j'avais fait le conservatoire de Rouen. J'ai un jour signifié à mes grands-parents que j'allais à Paris faire du théâtre. Évidemment on m'a coupé les vivres et au début, il y a eu des jours avec sandwiches et des jours sans. Malgré tout, au début de mai 68, je crée en studio, une photo totalement fausse me représentant avec d'autres jeunes pour la couverture d'un magazine de l'époque - Lecture pour tous - où l'on me voyait, entraînant ma bande de jeunes, franchissant une barricade. Ma grand-mère va acheter son journal et voit celui-ci sur le présentoir. Réflexe, ignorant tout évidemment du système des presses, elle achète toute la pile pour amortir le scandale, sans savoir qu'à peine la porte franchie, le marchand de journaux commanderait un réassort. Et je me suis rendu compte par la suite que, tout en déplorant officiellement ce métier (qui n'en était pas un), elle suivait attentivement (et avec un secret plaisir) le fait que "ça marche".

Qu'as-tu fait après le conservatoire de Rouen ?

 J'ai suivi le cours de Tatiana Balachova, et grâce à cette femme extraordinaire, j'ai pu faire rapidement des panouilles à l'Odéon (ce qui m'a permis de manger plus souvent), puis j'ai eu la chance extraordinaire de jouer dans le film "Dernier domicile connu" (1970). C'était mon premier "vrai" rôle avec Lino Ventura, avec qui je suis devenu ami par la suite et qui était quelqu'un de merveilleux.

Quels sont tes autres rôles sur grand écran ?

J'ai fait beaucoup plus de télévision que de cinéma, en participant à des séries telles qu'Arsène Lupin, Docteur Caraïbes ou Aux frontières du possible. J'ai aussi été dirigé pour le petit écran par de grands réalisateurs de cinéma comme Albicocco, Gilles Grangier ou Paul Vecciali.

Peux-tu nous donner quelques titres de films dans lesquels tu as tournés ?

Au cinéma, j'ai joué dans des films qui ne diront pas grand-chose. À la télévision : Sous le soleil (épisode 1 471), Plus belle la vie (épisodes 623.625), Les nouvelles aventures d'Arsène Lupin - La robe de diamant (le speaker), Le destin du Docteur Calvet (professeur Meunier), A titre posthume (l'inspecteur Léon), La vie de Molière ( l'huissier de province), Docteur Caraïbes (Stanley).

Quand as-tu débuté l'activité de doublage ?

C'était en 1970, pour un film italien de série B. J'ai prêté ma voix à des acteurs tels que Mel Ferrer, John Hurst, Christopher Reeves pendant des années puis j'ai été producteur de cinéma. J'ai arrêté pendant 8 ans et j'ai ensuite dirigé des post-synchronisations de jeux vidéo ou de CD, notamment la participation à la création du jeu vidéo de J.M. Cousteau "le miroir du Kufun" (rôle du maître d'hôtel).

Y a-t-il des différences de technique avec les doublages classiques ?

C'est complètement différent. Pour des raisons commerciales, le jeu étant encore secret au moment où nous faisons la version française, on a juste le texte original, quelques indications de situation et on doit être synchrone sans image.

As-tu joué dans une langue étrangère ? 

Je parle à peu près correctement l'anglais, mais on domine moins bien une langue étrangère que sa propre langue. On doit se surveiller en permanence et l'acteur est peut-être alors moins dans le jeu. De plus, il est très difficile ensuite de se doubler en français comme je l'ai fait lorsque TF1 a acheté le téléfilm Thornwell dont la directrice de production Suzanne Wiczenfeld faisait  à l'époque les distributions de nombreux films américains tournés en France.

  

François JAUBERT, formé au théâtre, aura tourné pour de grands réalisateurs de cinéma ou de télévision. Il fut aussi réalisateur, scénariste, auteur de théâtre et producteur de cinéma. Il a maintenant quitté Paris pour habiter près de Nice. Il dit lui-même avoir eu la chance d'exercer un métier qui était une passion. Il écrit maintenant des articles sur la musique dans un journal de Nice.

C.T.

 François est décédé le 15 janvier 2017. Sa santé le préoccupait depuis quelques années. Toutes celles et ceux qui l'ont côtoyé au lycée auront pour lui une pensée émue. Mon dernier contact avec lui aura été pour la rédaction de cette notice biographique.
 C.T.